Une Mère des femmes-pirates s’en est allée…

Le commun terrien des mortels ne conçoit des femmes-pirates qu’un bras armé et un œil défaillant : ce charme étrange, cet avatar qui les rendent si singulières aux autres, comme ils modifient sensiblement leur rapport au monde.
Quelques-uns iront peut-être jusqu’à connaître les britanniques Charlotte de Berry, Mary Jane Read ou encore Anne Bonny, les plus célèbres d’entre elles, ou même Jeanne de Belleville et Anne Dieu-le-veut : car la tradition maritime française porte aussi ses héroïnes de la flibuste aux destins tragiques.
Au delà de l’image d’Épinal, je retiens pour ma part la face plus sensible des femmes-pirates : leur combat, pas seulement maritime, pour reprendre pied (parfois avec maladresse et provocation, souvent dans la douleur) dans un monde conçu par la violence des hommes, dirigé par la force des hommes, dans lequel la femme obéit et la femme de mer attend.
Je confesse avoir moi-même mis une véritable éternité à m’en rendre compte, mais Sinbad est à ses riches heures un très étrange et très chaleureux voilier-repère de femmes-pirates !
Si le lien de chacune à la piraterie féminine prend des formes diverses : un œil souffrant, un renvoi dans leur patronyme à cette part parfois bien cachée d’elles-mêmes, un bras toujours armé (heureusement pour nous, le plus souvent d’un appareil photo, majoritairement inoffensif…) elles partagent un engagement sans faille qui prend à l’occasion d’une simple escarmouche le tour d’une révolte à fleur de peau… parfois les dimensions d’un combat homérique !
Si le destin met sur leur chemin des rencontres masculines complexes et douloureuses, comme autant de tempêtes et de combats navals, elles participent à leur façon au rééquilibrage progressif de ce monde, à la féminisation de ses chapelles les plus reculées de nos civilisations.
Aujourd’hui, Claude s’en est allée vers d’autres croisières et d’autres retrouvailles : avec elle, c’est une Mère des femmes-pirates de notre temps qui dépose ses armes, aussi je veux dire à ses filles de cœur ma fierté de les compter parmi les âmes qui nous font tous grandir autant qu’elles offrent à Sinbad une atmosphère si particulièrement salée : ce yak est aussi leur résidence !
Pour jouer sur les mots d’un autre François, j’ajouterai que  » les jambes de femmes-pirates sont des compas qui arpentent les océans en tous sens, corrigeant leur équilibre et leur harmonie « .

texte de François Frey le 12 octobre 2014

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