Hommage à Claude, par Pierre-Yves

Claude,

Du latin Claudius, nom de famille d’un empereur romain, il parait que ça veut dire boiteux, pas glorieux jusque-là !

Moune,

Diminutif, de Mamoune, appellation standardisée, admise et utilisée dans tous les cercles familiaux et compétents par chez nous. J’opterai donc par la suite pour Moune.

Ca y est donc, tu es «enfin» partie, après une année de bataille qui a montré les tendances cycliques de ce crabe qui t’accompagnait depuis quelques années, mais qui t’a permis de profiter de cette 81ème année de manière sympathique, au moins en partie.

Moune donc, tu es connue par chacune des personnes ici rassemblées pour différentes raisons dont je propose ici d’en lister quelques unes :

Pour les petits enfants, cela pourrait être le souvenir du 4h qui ne se faisait jamais sans les traditionnel pain d’épice et chocolat noir. Ce goûter donc, tant attendu, avait lieu entre deux fabrications de voiliers artisanaux dans le garage à coup de bouteilles vides, sacs poubelles (recyclage oblige) et de Grey tape hors de prix. La présentation de nos œuvres artistiques et de leur coût prohibitif faisaient à la fois ton admiration devant notre ingéniosité en même que ta colère devant notre incapacité (typiquement française) à envisager cette production sous un angle industriel et rentable économiquement.

Mais cela pourrait aussi être le grand plongeon que tu nous a offert à 14 ans, un jour de thermique de juin, en nous disant juste avant notre première sortie seuls sur le muscadet familial : « soit vous trouvez le moyen de sortir à la voile soit vous sortez pas ! » Ce jour-là, en plus de nous offrir la liberté, tu nous a fait basculer dans l’illégalité car comme chacun sait (mais apparemment personne de la famille), la navigation à la voile dans les chenaux est interdite… Que le maitre de port se rassure, nous avons exporté cette technique dans l’ensemble des ports de la côte …

Pour les voileux qui ont grandi sous ta formation, quelques grandes phrases rappelleront sans doute à nombreux d’entre nous des situations bien réelles : «Mais borde ta voile bon sang, tu vois bien qu’elle fasseye ! Ou encore : «mais qu’est ce que tu faisais à gauche, c’était meilleur à droite !» Ou encore : «Loffe, Abat, Loffe, … mais t’es vraiment un mauvais barreur toi !»

Pour les gens qui ont eu le plaisir (ou pas) de régater avec toi, ils ont pu découvrir le flegme légendaire avec lequel tu annonçais en plein bord de portant, alors que nous sommes englués sur le côté gauche (généralement sur tes recommandations de locale de l’étape), que de l’autre côté du plan d’eau le vent a l’air parfait, qu’on aurait du aller là-bas … Tu imagines bien le calme et la sérénité (sans parler de l’efficacité) que ces propos pouvaient avoir sur ton public

Mais réduire tes expériences au domaine de la voile serait occulter de nombreuses autres facettes. Je mentionnerai en premier lieu l’associatif à travers la CPCA (dont j’ai surtout retenu que c’est une occasion de plus de rencontrer des gens sympas et de faire la fête), et notamment un certain Jean-Pierre qui apportera à ton quotidien un regard neuf sur certaines choses et nous a tous fait passer de bons moment. Viennent ensuite les Prud’hommes à La Rochelle qui te donnent d’agréables excuses pour arriver en retard me récupérer au train !

Même si l’associatif c’est bien, et la voile aussi, les deux cumulés forment un tout que tu appréciais particulièrement. C’est ainsi que Les Plates se sont développés. Au service de cette association, tu as contribué à alimenter ce travail de démocratisation de la voile pour tous, que Philippe avait entamé !

Mais qu’on ne se voile pas la face non plus, le bateau demeure une importante partie de ton action, et les muscadetistes et autres propriétaires de voiliers Harlé, les Yacht Classiques ne viendront sans doute pas contredire cet état de fait.

Je garderai pour ma part le souvenir suivant :

Je commencerai par le tri des lego par couleurs. Tu les triais, je les mélangeais (et j’y prenais plaisir). Je trouvais ce partage des taches équitable. Force est de constater que ce plaisir a diminué au fur à mesure que j’ai dû apprendre à les ranger

J’ai découvert le bateau avec toi, les innombrables sorties en mer ont été autant d’occasion d’apprécier le bonheur d’être sur l’eau que le mal de mer associé, point que nous partagions tous deux !

Je retiendrai également nos soirées de fin d’automne au coin du feu à la Maison Blanche où tu m’as appris que grandir c’est accepter les autres tels qu’ils sont ! Alors je te montre en ce jour que j’ai retenu ton conseil et j’ai appris à faire avec ton caractère insupportable sur l’eau, dont certaines mauvaises langues iraient jusqu’à dire que je l’ai récupéré…

Les plus de 60 ans diront à juste titre que mon résumé n’est qu’une courte partie de ton expérience, et ils auront raison. Je me contenterai de dire que, même courte, cette histoire retracée est déjà belle !

Depuis un an, tu as attaqué une ultime manche : après une tentative de départ prématuré (où tu pensais que l’annonce de ton cancer sonnerait comme le BFD de ce championnat), tu as louvoyé entre les obstacles de cette chimio pour te frayer un chemin jusqu’à la bouée au vent où tu te plaçais alors sur une confortable layline pour attaquer le printemps. Après un long bord de portant qui a permis de passer d’agréables moments, le dernier bord de près avant l’arrivée a vu le duel pour la première place tourner à l’avantage de ton adversaire. Dans le dernier bord à l’approche de la ligne, comme à son habitude, ce maudit winch surpate et te voilà obligée d’abandonner la première place au profit d’un adversaire discret mais tenace.

Après 20 ans d’écoute attentive de tes conseils éclairés, à mon tour donc de t’en donner un : un winch, c’est 2 tours si on veut pas surpater. Tâche de t’en souvenir pour les régates à venir avec Philippe, Eric, Jean-Pierre (qui depuis s’est entrainé depuis) et tous les autres !

Je clôturerai sur 2 points :

On a tendance à dire que l’on connait l’histoire mais qu’on ne connait jamais la fin, je choisirais plutôt de dire que les seules certitudes que nous ayons sont le début et la fin et que tout à l’intérieur reste à écrire. En la matière, j’espère pouvoir dire à ton âge que j’ai écris une aussi belle histoire.

Je finirai sur une petite phrase que j’ai entendu récemment à Paris : «A plus dans le bus, a bientôt dans le métro», que je modifierai pour la forme : «A plus dans les cumulus, A bientôt sur l’eau !»

Pierre-Yves (ton petit fils)

Texte de la cérémonie religieuse du 10 octobre 2014

Claude sur le sable

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2 réflexions au sujet de « Hommage à Claude, par Pierre-Yves »

  1. christine Baudot-Gelin

    Pierre-Yves, on se connait peu, tu es venu chez moi à Vertou il y a longtemps ; nous avons ensuite passé une soirée délicieuse au coin du feu de la maison Blanche l’an dernier, avec toi, ta Maman et les copains d’Oléron, venus pour remonter le moral de Claude. Je peux t’assurer qu’elle me parlait toujours de toi, avec tant d’affection, de respect et d’admiration, que je pensais que tu avais de la chance d’avoir une grand-mère comme ça. Ce bel hommage que tu lui as rendu prouve à quel point tu lui renvoyais ces sentiments. Quelle belle histoire tu as déjà écrite ! J’espère qu’elle t’apporte la force de surmonter l’épreuve de son départ. Amitiés
    christine

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