Retour a la case départ…

Depuis la fin de la chimio, en Avril dernier, je me sentais bien voire tres bien, oubliant volontiers que le corps médical avait donné un diagnostic réaliste sur ma situation, mais encourageant puisque je suis une bonne nature….
Mes vagabondages par ci par là, ont repris et bien sur, mes navigations vers Aix ou Oléron, les couchers de soleil sur l,Ile de Ré et le retour sous spi entre les Tours jusqu’au ponton d’amarrage, ou nous accueillent Jean Perre et ses potes installés dans leur cockpit le verre à la main.
C’est aussi l’arrivée – le 7 Août – des 42  yachts classiques, dont qq Anglais et un Allemand, venus de Plymouth/Brest/LR puis leur parade dans le vieux port, malheureusement sous une pluie persistante. Seuls les Grands Pavois, hissés pour la circonstance, ont apporté un semblant de couleur dans ce port habituellement si lumineux.Mais ils ont été tres admirés par un public resté stoïque sous la pluie,
Tandis que mes intestins commencaient à se bousculer. Occultant cette situation, j’ai continué à vivre normalement, ignorant les symptômes d’alertes…..jusqu’à ce que l’évidence dirige mes roues de scooter jusqu,aux Urgences, persuadée que ce n’était pas grave…. Donc certaine de repartir le jour- meme sur ma trottinette….. 
Nous sommes le dimanche 9  Aout, pleines vacances pour ceux et celles qui l’ont mérité…. Mais les formalités accomplies, je prends un siege et un livre pour tuer le temps, tout en ayant un oeil et une oreilles aux arrivées continues d’un mélange de vrais Urgences et de vacanciers dont la  » bobotterie » n’a rien à faire aux Urgences, mais qu’une orientation vers une pharmacie ou un généraliste semble difficile, parce qu’aux Ugences on ne paye pas…. Les attentes, insupportables, me semblent venir de là.
Déshydratée, on me perfuse apres qq heures d’attente allongée sur un charriot qui tue le dos …. Puis une radio pour constater que je n’ai pas d’occlusion. Il est 21h lorsque l’interne décide de me garder pour la nuit – ce qui n’est pas évident, faut trouver un lit….. Casse tête quotidien du responsable!
Me retrouve enfin dans un boxe sur un vrai lit…avec une ordonnance, mais sans qu’aucun médicament ne me soit donné pour éviter le bloquage intestinal.
Les boxes se remplissent au cours de la nuit. Pas de répit pour le toubib de garde depuis hier jusqu’à ce soir .
On est lundi matin. Il vient vers moi : qu’est-ce que tu fous là ? me dit- il en prenant mon dossier. Entre voileux on se comprends….. Je lui explique que je m’envole mardi pour l’Ecosse, avec des amis et que mon scooter m’attend en bas…. Un peu perplexe, m’envoie au scanner et à midi, me libère en ajoutant : je te garderais bien ….. Mais j’ai toujours pas d’occlusion …..
Rentre chez moi pour retrouver ma fidèle cousine et son fils, tandis que je renonce à m’envoler avec les Henry dont la fille habite Glasgow et nous attend.
Suit une nuit d’enfer….. Je ne vais pas vous parler de la douleur, chacun en a eu dans sa vie et le misérabilisme c’est pas mon truc. 
On est mardi 12 . Retour aux Urgences munie de mon dossier complet qui aurait du m’ouvrir les portes de l’efficacité. Mon toubib voileux étant partie, je me retrouve dans le flot des entrées « urgentes et bobotteuses » sur le même brancard qui casse les dos….Je gamberge sur ma sortie d’hier que j’aurais pu éviter si le toubib avait été plus ferme dans sa volonté de me garder. A moi on ne dit pas : je te garderais bien, mais Je te garde….
Cette fois, l’occlusion intestinale est bien réelle. Et comme c’est pas opérable, because le  » crabe », faut attende que ça passe. …..
Je vous passe la nuit de  mardi dans un autre service ou  vers 20 h je suis dans un vrai lit. Mais toujours pas en oncologie…. Faut trouver un lit ! Pas simple…..
Nuit blanche… Dos cassé. Réclame des calmants.
Mais dans ce service là y’a pas de médecin permanent et l’infirmière me dit : 
– je ne peux pas vous donner sans l’accord du 
médecin.
– faites venir un médecin des urgences ! 
– je vais appeler
– la médecin arrive, donne qq consignes pour soulager, sans grands résultats. Galère, je vous dit !
( Claude, pourquoi t’es pas restée hier, t’es nulle ) .
Le jour se lève ce mercredi  13 . Je demande à aller dans le service oncologie. Là ou j’étais il y a un an et là ou je dois aller…. Mais faut trouver un lit. Je ne suis pas la seule, c’est pas pour une nuit d’hôtel quatre étoiles….
J’y suis en fin d’après midi et l’infirmière me reconnait… Ca va le faire’.. Mais encore une nuit galère avant de trouver le bon tempo douleurs et tout le reste dans le cathéter pour reconstruire la  carcasse un peu cassée….et le crabe un peu secoué.
Mon  corps ressemble a une montgolfière, mais je vole pas….
La morphine, judicieusement distillée, me rend  l’avenir plus rose… Je contemple le ciel, souvent tourmenté, la force du vent sur le superbe pin parasol d’un jardin accueillant malades et visiteurs pour une destination peu enviable…..mais apporte l’espérance de jours meilleurs….
Martine est rapidement revenue avec sa bonne humeur communicative, chargée d’informer ses soeurs de la situation stagnante….. Sylvie et Jérome, en marche de refuges en refuges dans les Alpes, garde le contact. Ils cheminent tous deux dans le vent, sous la pluie, voire la neige…..du coté de la Suisse.
Isabelle et Ariel, partis depuis Septembre pour une grande aventure maritime sur leur « Jurançon » , sont actuellement au Sénégal. Elle rédige un Blog passionnant sur son ressenti local dans le cadre d’un doctorat anthropologique, illustré de superbes photos d’Ariel . (Blog : skol)
Apres les formalités compliquées à Dakar, sont actuellement dans une rivière « le Saloun » et s’imprègnent de la vie des pêcheurs et leurs villages.
Ebola, ce virus destructeur, est encore assez éloigné du Sénégal, mais reste inquiétant. Ils ont décidé de prendre l’avion le 27, pour voir enfants et maman, en laissant le bateau dans la rivière, ayant, par le plus grand des hasards, rencontré un Sénégalais propriétaire d’un bateau Harlé : un Sangria. Surprises de la vie ! Si Ebola se propage, pourront- ils atterrir de nouveau à Dakar ?….. Chacun ses tracas, me disent ses soeurs…..
Martine repartie, Sylvie est revenue qq jours, accueillie par ma cousine Francoise, qui a sacrifié ses vacances pour moi, plus Bénédicte, une nièce adorable venue de Bretagne quelques jours.
Et puis les amis défilent, portant avec eux rigolades et bonnes histoires. Comme les réjouissances se prolongent bien au delà de mes craintes, la boyauterie       se décoince depuis trois jours.
Nous sommes dimanche 24 Aout, jour du Seigneur auquel je pense…. Sachant que des bonnes âmes amies ne m’oublient pas…
Martine a installé des photos bateaux, famille, amis, sur le panneau aimanté, abandonné par le corps médical, pour ensoleiller ma vision du monde….. Celle lue dans les journaux et le « Canard enchainé », infos subtilement distillées, pour voir que si on ne peut pas mettre tout le monde dans le même sac, c’est pas joli joli tout ça ! la droite et la gauche, sur des registres différents, ont des casseroles qui ne semblent  pas leur peser sur les intestins… sinon ils auraient une OCCLUSION…

         Bonjour tristesse ! 

Il est  4 h du matin. Je gamberge en me posant des questions sur mon présent et l’avenir d’un corps que je ne contrôle plus parce qu’il véhicule des toxines qui me bousculent, me font perdre, depuis qq semaines, ce qui représente ma vie et ma liberté.
Depuis un an que le « Crabe » est venu me visiter, je suis passée par des hauts et bas qui font partie du quotidien de tout citoyen. Ici, il est accompagné d’une incertitude de  » demain  » …. Même si chacun d’entre nous n’est pas sur d’être là demain, c’est aussi une évidence ; mais je me regarde avant de regarder les autres, ceux qui aujourd’hui n’ont rien qui les bousculent, ou s’en sont déjà remis.

Le dire, l’écrire, c’est m’alléger d’un poids qui pese lourd, Si je regarde que ce temps de vie, passé trop vite, fut si riche et dont je ne regrette ni les initiatives, ni les décisions que j’ai pu prendre pour lui donner un sens, donner de l’amour à ceux et celles qui m’entourent et faire que le soleil a plus souvent brillé dan notre maison que la pluie.

Mon corps est bousculé. La Montgolfière est toujours là et ne s’affinera qu’avec la chimio, celle que j’ai déjà eu l’an dernier et qui m’a permis de bien vivre comme je le souhaitais. Que sera cette deuxième alerte ? Nul ne la sait parce que la médecine n’est pas une science exacte, même si les recherches permanentes améliorent les cas les plus désespérés. Et le mien en serait- il? Dommage ! Je suis si bien parmi mes semblables ! Difficile d’envisager un autre avenir lorsqu’on a un tempérament comme le mien, d’une santé générale solide. Le Crabe n’est qu’un accident…. Mais dominateur.
Les larmes font partie de la panoplie que je ne combats pas parce que, ce passage à la pluie….. est nécessaire pour reprendre des forces, courage et énergie.

C’était quelques lignes entre 4 h et 5 h d’une nuit sans lune..

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7 réflexions au sujet de « Retour a la case départ… »

  1. liliane bergeal

    que t’écrire ma chère claudius ? attendre toujours attendre, espérer mais surtout ne pas trop souffrir et pouvoir aller en mer , tu as beaucoup de vrais amis qui t’accompagnent et le grand secours de l’écriture je sais que certaines nuits sont longues et souvent accablantes , je sais quant à moi que je préfère me lever , étre debout pour mieux faire face ,t u préfères l’ècriture , chacun son truc! Je pense très souvent à toi et je vais jusqu’à esperer que tu peux percevoir ces moments d’amitié… je t’embrasse liliane

    J’utilise désormais lbergeal@gmail.com, veuillez bien m’y adresser toute correspondance future.

    Répondre
  2. rode

    ouahou..! même chose qu’un copain atteint aussi par le crabe…il court aujourd’hui (presque) comme un lapin…alors….. liliane se joint a moi pour t’embrasser

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  3. FRANCK AYRAULT

    Courage Claude tu as connu bien des combats et tu les as tous gagnés. Je suis de tout cœur avec toi et surtout si tu as besoin de quoi que se soit n’hésite pas à m’appeler. Ton dossier à bien été transmis à P.Bernier hier . Bisous Franck

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  4. christophe RANGER

    Bonjour Claude,

    Quel beau texte ! Malgré la gravité du sujet, tu réussis toujours par ton talent et ta sensibilité à exprimer l’indicible.
    Je te souhaite le meilleur. Au bonheur de te voir très prochainement.
    On t’M, Christophe

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  5. Jacques

    Bonjour Claude,
    Malgré nos longs silences, nous restons de tout coeur avec toi !
    Bon courage à toi pour continuer la lutte, même si l’on sait que tu n’en manques pas
    Bises chaleureuses de tous
    Jacques

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