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Merci Tantine !

Pour la famille Harlé, les jeunes et moins jeunes générations, et sans doute pour tous ceux qui la connaissaient, Claude était une maman, mamoune, belle-sœur, tante, amie … souvent décoiffée et toujours décoiffante. Elle nous apportait une odeur d’iode, une bouffée de liberté, un style coloré et un véritable sens de la fête. Quand elle annonçait sa visite, il y avait soudain un peu plus de chaleur et d’excitation dans l’air.

Claude était aussi une coach chaleureuse et une confidente, qui laissait parler son cœur et se fichait pas mal des convenances. Elle trouvait toujours du talent aux jeunes et les soutenait.

Elle vivait à 100 km/h, ne sachant pas faire autrement. Toujours avec plusieurs projets en route et de savoureuses anecdotes à raconter.

Cet été encore, à 80 ans et 6 mois de chimio au compteur, elle menait un train d’enfer. Nous nous sommes retrouvées quelques jours à La Rochelle, un rendez-vous pris au cœur de l’hiver pour nous donner du courage face a la chimio.

Le premier jour, dès 9h, elle annonce qu’elle vient de faire les courses pour 3 jours, afin que nous soyons tranquilles et que nous ayons plus de temps pour naviguer. Elle se met à la préparation du pique-nique en gardant un œil sur l’évolution des bateaux sur la rade, n’hésitant pas à commenter les manœuvres.

À 10h, elle enfourche son scooter électrique, casque sur ses beaux cheveux blancs, et file vers le Vieux port, se signalant aux piétons par le pouet-pouet d’enfant qui lui tient lieu d’avertisseur.

À l’arrivée au Port, dilemme : Fantasia ou Muscadet ? Ce jour là nous choisissons le Fantasia, plus confortable pour nos corps malmenés et pour papoter.

Claude n’hésite pas à confier la gestion des haussières puis la barre au jeune (12 ans) de l’équipage.

Pendant que nous tirons des bords, Claude se raconte, comme elle aime tant le faire, avec beaucoup de verve.

Elle raconte sa vie avec Philippe : les premières années de dèche, avant le Sangria (pour l’économie familiale, il y avait en effet avant et après le Sangria), et les mises en scènes préparées par son mari pour lui offrir des cadeaux inoubliables : le Muscadet, sa voiture Folie douce, un diamant…

Elle évoque sa vie sportive, ses navigations, le Grand voyage, sa vie associative et ses relations apaisantes avec Jean-Pierre.

Elle dépeint les misères du corps qui flanche face au crabe et à la chimio.

Elle parle avec émotion de ses enfants et petits-enfants, de leur caractère et de leurs talents, des tensions et des moments heureux, respectueuse des choix de vie de chacun et concluant par « les chats ne font pas des chiens ! »

Elle se souvient d’épisodes marquants: l’emprunt fait en cachette pour acheter à Sylvie une flûte professionnelle, l’organisation de 2 jours d’école buissonnière pour Isabelle collégienne afin qu’elle accompagne Philippe sur une traversée vers l’Angleterre, le dernier passage de bouée qui a permis à Martine d’obtenir son ticket pour le championnat du monde d’Optimist et que Claude suivait à la jumelle depuis sa terrasse.

De temps en temps, elle s’interrompt pour ajuster le cap et en profite pour faire un topo sur le réglage des voiles.

À 18h, retour au port et inquiétude : où est la clé du scooter ? elle la retrouve sur l’engin, qui n’avait heureusement intéressé personne ce jour-là.

Avant le retour à la Maison blanche, Claude fait une étape au Club des Plates pour une réunion importante où il faut mettre les pendules à l’heure. Elle rentre à 20h, satisfaite d’avoir pu expliquer au moniteur comment gérer sa flottille par bonne brise. Elle jette un œil à ses mails pour voir où en est Isa dans ses déboires avec l’administration sénégalaise, avant d’attaquer le Juliénas et le saucisson.

Après le dîner et un Scrabble, nous discutons du programme du lendemain. Elle est ravie quand son petit-neveu lui réclame la même journée, déjà contaminé par le virus de la voile…

Merci Claude, merci tantine, pour ta présence chaleureuse et stimulante !

Bénédicte

texte du 10 octobre 2014

Une Mère des femmes-pirates s’en est allée…

Le commun terrien des mortels ne conçoit des femmes-pirates qu’un bras armé et un œil défaillant : ce charme étrange, cet avatar qui les rendent si singulières aux autres, comme ils modifient sensiblement leur rapport au monde.
Quelques-uns iront peut-être jusqu’à connaître les britanniques Charlotte de Berry, Mary Jane Read ou encore Anne Bonny, les plus célèbres d’entre elles, ou même Jeanne de Belleville et Anne Dieu-le-veut : car la tradition maritime française porte aussi ses héroïnes de la flibuste aux destins tragiques.
Au delà de l’image d’Épinal, je retiens pour ma part la face plus sensible des femmes-pirates : leur combat, pas seulement maritime, pour reprendre pied (parfois avec maladresse et provocation, souvent dans la douleur) dans un monde conçu par la violence des hommes, dirigé par la force des hommes, dans lequel la femme obéit et la femme de mer attend.
Je confesse avoir moi-même mis une véritable éternité à m’en rendre compte, mais Sinbad est à ses riches heures un très étrange et très chaleureux voilier-repère de femmes-pirates !
Si le lien de chacune à la piraterie féminine prend des formes diverses : un œil souffrant, un renvoi dans leur patronyme à cette part parfois bien cachée d’elles-mêmes, un bras toujours armé (heureusement pour nous, le plus souvent d’un appareil photo, majoritairement inoffensif…) elles partagent un engagement sans faille qui prend à l’occasion d’une simple escarmouche le tour d’une révolte à fleur de peau… parfois les dimensions d’un combat homérique !
Si le destin met sur leur chemin des rencontres masculines complexes et douloureuses, comme autant de tempêtes et de combats navals, elles participent à leur façon au rééquilibrage progressif de ce monde, à la féminisation de ses chapelles les plus reculées de nos civilisations.
Aujourd’hui, Claude s’en est allée vers d’autres croisières et d’autres retrouvailles : avec elle, c’est une Mère des femmes-pirates de notre temps qui dépose ses armes, aussi je veux dire à ses filles de cœur ma fierté de les compter parmi les âmes qui nous font tous grandir autant qu’elles offrent à Sinbad une atmosphère si particulièrement salée : ce yak est aussi leur résidence !
Pour jouer sur les mots d’un autre François, j’ajouterai que  » les jambes de femmes-pirates sont des compas qui arpentent les océans en tous sens, corrigeant leur équilibre et leur harmonie « .

texte de François Frey le 12 octobre 2014

Hommage à Claude, par Pierre-Yves

Claude,

Du latin Claudius, nom de famille d’un empereur romain, il parait que ça veut dire boiteux, pas glorieux jusque-là !

Moune,

Diminutif, de Mamoune, appellation standardisée, admise et utilisée dans tous les cercles familiaux et compétents par chez nous. J’opterai donc par la suite pour Moune.

Ca y est donc, tu es «enfin» partie, après une année de bataille qui a montré les tendances cycliques de ce crabe qui t’accompagnait depuis quelques années, mais qui t’a permis de profiter de cette 81ème année de manière sympathique, au moins en partie.

Moune donc, tu es connue par chacune des personnes ici rassemblées pour différentes raisons dont je propose ici d’en lister quelques unes :

Pour les petits enfants, cela pourrait être le souvenir du 4h qui ne se faisait jamais sans les traditionnel pain d’épice et chocolat noir. Ce goûter donc, tant attendu, avait lieu entre deux fabrications de voiliers artisanaux dans le garage à coup de bouteilles vides, sacs poubelles (recyclage oblige) et de Grey tape hors de prix. La présentation de nos œuvres artistiques et de leur coût prohibitif faisaient à la fois ton admiration devant notre ingéniosité en même que ta colère devant notre incapacité (typiquement française) à envisager cette production sous un angle industriel et rentable économiquement.

Mais cela pourrait aussi être le grand plongeon que tu nous a offert à 14 ans, un jour de thermique de juin, en nous disant juste avant notre première sortie seuls sur le muscadet familial : « soit vous trouvez le moyen de sortir à la voile soit vous sortez pas ! » Ce jour-là, en plus de nous offrir la liberté, tu nous a fait basculer dans l’illégalité car comme chacun sait (mais apparemment personne de la famille), la navigation à la voile dans les chenaux est interdite… Que le maitre de port se rassure, nous avons exporté cette technique dans l’ensemble des ports de la côte …

Pour les voileux qui ont grandi sous ta formation, quelques grandes phrases rappelleront sans doute à nombreux d’entre nous des situations bien réelles : «Mais borde ta voile bon sang, tu vois bien qu’elle fasseye ! Ou encore : «mais qu’est ce que tu faisais à gauche, c’était meilleur à droite !» Ou encore : «Loffe, Abat, Loffe, … mais t’es vraiment un mauvais barreur toi !»

Pour les gens qui ont eu le plaisir (ou pas) de régater avec toi, ils ont pu découvrir le flegme légendaire avec lequel tu annonçais en plein bord de portant, alors que nous sommes englués sur le côté gauche (généralement sur tes recommandations de locale de l’étape), que de l’autre côté du plan d’eau le vent a l’air parfait, qu’on aurait du aller là-bas … Tu imagines bien le calme et la sérénité (sans parler de l’efficacité) que ces propos pouvaient avoir sur ton public

Mais réduire tes expériences au domaine de la voile serait occulter de nombreuses autres facettes. Je mentionnerai en premier lieu l’associatif à travers la CPCA (dont j’ai surtout retenu que c’est une occasion de plus de rencontrer des gens sympas et de faire la fête), et notamment un certain Jean-Pierre qui apportera à ton quotidien un regard neuf sur certaines choses et nous a tous fait passer de bons moment. Viennent ensuite les Prud’hommes à La Rochelle qui te donnent d’agréables excuses pour arriver en retard me récupérer au train !

Même si l’associatif c’est bien, et la voile aussi, les deux cumulés forment un tout que tu appréciais particulièrement. C’est ainsi que Les Plates se sont développés. Au service de cette association, tu as contribué à alimenter ce travail de démocratisation de la voile pour tous, que Philippe avait entamé !

Mais qu’on ne se voile pas la face non plus, le bateau demeure une importante partie de ton action, et les muscadetistes et autres propriétaires de voiliers Harlé, les Yacht Classiques ne viendront sans doute pas contredire cet état de fait.

Je garderai pour ma part le souvenir suivant :

Je commencerai par le tri des lego par couleurs. Tu les triais, je les mélangeais (et j’y prenais plaisir). Je trouvais ce partage des taches équitable. Force est de constater que ce plaisir a diminué au fur à mesure que j’ai dû apprendre à les ranger

J’ai découvert le bateau avec toi, les innombrables sorties en mer ont été autant d’occasion d’apprécier le bonheur d’être sur l’eau que le mal de mer associé, point que nous partagions tous deux !

Je retiendrai également nos soirées de fin d’automne au coin du feu à la Maison Blanche où tu m’as appris que grandir c’est accepter les autres tels qu’ils sont ! Alors je te montre en ce jour que j’ai retenu ton conseil et j’ai appris à faire avec ton caractère insupportable sur l’eau, dont certaines mauvaises langues iraient jusqu’à dire que je l’ai récupéré…

Les plus de 60 ans diront à juste titre que mon résumé n’est qu’une courte partie de ton expérience, et ils auront raison. Je me contenterai de dire que, même courte, cette histoire retracée est déjà belle !

Depuis un an, tu as attaqué une ultime manche : après une tentative de départ prématuré (où tu pensais que l’annonce de ton cancer sonnerait comme le BFD de ce championnat), tu as louvoyé entre les obstacles de cette chimio pour te frayer un chemin jusqu’à la bouée au vent où tu te plaçais alors sur une confortable layline pour attaquer le printemps. Après un long bord de portant qui a permis de passer d’agréables moments, le dernier bord de près avant l’arrivée a vu le duel pour la première place tourner à l’avantage de ton adversaire. Dans le dernier bord à l’approche de la ligne, comme à son habitude, ce maudit winch surpate et te voilà obligée d’abandonner la première place au profit d’un adversaire discret mais tenace.

Après 20 ans d’écoute attentive de tes conseils éclairés, à mon tour donc de t’en donner un : un winch, c’est 2 tours si on veut pas surpater. Tâche de t’en souvenir pour les régates à venir avec Philippe, Eric, Jean-Pierre (qui depuis s’est entrainé depuis) et tous les autres !

Je clôturerai sur 2 points :

On a tendance à dire que l’on connait l’histoire mais qu’on ne connait jamais la fin, je choisirais plutôt de dire que les seules certitudes que nous ayons sont le début et la fin et que tout à l’intérieur reste à écrire. En la matière, j’espère pouvoir dire à ton âge que j’ai écris une aussi belle histoire.

Je finirai sur une petite phrase que j’ai entendu récemment à Paris : «A plus dans le bus, a bientôt dans le métro», que je modifierai pour la forme : «A plus dans les cumulus, A bientôt sur l’eau !»

Pierre-Yves (ton petit fils)

Texte de la cérémonie religieuse du 10 octobre 2014

Claude sur le sable

Dernier quart…

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Chères amies, chers amis,

Claude, Claudius, Clo’, Moune, Tantine, maman, a appareillé ce lundi 6 octobre peu avant midi pour naviguer vers d’autres océans.

Sa petite excursion de vendredi en muscadet a dû lui donner des appétits de grands espaces, de liberté, de vent dans ses beaux cheveux blancs, de sel sur ses lèvres, de caresse du soleil sur son front incroyablement lisse malgré les années, de roulis, de tangage, de bruit de faseyement, d’odeur d’iode…

Toutes, tous, celles et ceux qui ont grandi avec elle, l’ont aimée, l’ont admirée, l’ont détestée, celles et ceux qu’elle a exaspérés, qu’elle a frustrés, et même ceux qui sont restés indifférents, il y en a probablement peu, êtes les bienvenus pour ce dernier morceau de chemin.

  • Aux Pompes funèbres Publiques, 27 rue du Dr Schweitzer à La Rochelle, salon Lotus, mercredi et jeudi, pour la voir,
  • À l’église de la Genette, vendredi 10 octobre, à 10h00, pour une bénédiction célébrée par Sébastien Beau
  • Au crématorium de La Rochelle, rue de la Bergerie à Mireuil, vendredi 10 octobre à 12h30 pour un hommage suivi de la crémation.
  • À la maison de nouveau, pour respecter son souhait, re précisé encore samedi dernier, de bien vouloir festoyer dignement en piochant dans sa cave :
  • vendredi 10 octobre l’après midi, à partir de 17h,

et

  • samedi 11 octobre le soir.

Comme elle en a de nombreuse fois exprimé le souhait, ses cendres seront dispersées en mer samedi 11 octobre en baie de La Rochelle (RDV 17h15 près de la tour Richelieu, avec fleurs, ballons, pavillons, couleurs, cloches, cornes de brume, vuvuzela, tambours et autres objets sonores, et VHF).

Pas de couronnes, des fleurs coupées, des fleurs des champs, des roses roses…

Sylvie, Isabelle, Martine, Pym, Thomas, Julie, Melvine, Ella, Nemo, Jérôme, Ariel, Jean-Christophe, Valérie, Cécile, Françoise, Théo, Alex, Félix, Dolores, Françoise, Pierre, Bernard et Nathalie, Annie et Bernard, Andrée et Daniel, Térénia, Jean-Michel, Daniel et Annie, Marie-Claude, et tant d’autres, tous ensemble ces derniers mois.

Nous tenons particulièrement à remercier l’équipe du CHU oncologie et HAD:

Sophie, Brigitte, Hélène, Claire, Catherine, les infirmières, les infirmiers, les aides-soignantes et aides-soignants, les brancardiers, les ambulancières et ambulanciers,

qui tous, par leur bienveillante attention ont rendu possible ce départ plein de panache.

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Quelques nouvelles de l’hôpital

23 septembre 2014 :

Je sais que beaucoup de mes amis n’ont pas de nouvelles. Je viens de vivre 3 semaines un peu galère. Vous en expliquer le détail est au-dessus de mes forces … pour l’instant.…

Suite à une embolie pulmonaire, j’ai eu du mal à surmonter ma fatigue. Donc je dormais… enfin, j’essayais de dormir. Mais mon fessier, trop sollicité par le matelas, a finir par me dire : « y’en a raz le bol : lève-toi ! »

Mais la volonté ne suffit pas… Donc il fut malmené..et il l’est toujours…

J’attends, demain, en principe, un matelas à bulle « spécial anti escarres » en espérant que ce sera la potion magique..

En position allongée, mon meilleur compagnon, c’est le « haricot » pour les débordements de l’estomac intempestifs.

Tout ça étant dit, je suis toujours extrêmement entourée par ma famille et mes amis, qui m’aident à surmonter cette épreuve.

Il est question que je quitte l’hôpital en début de semaine prochaine pour retrouver ma maison, mon jardin, et tout ce qui l’ensoleille.

Dès lors, j’espère aller mieux et vous raconterai avec un peu plus d’humour mon 3ème séjour hospitalier, vécu avec des équipes médicales formidables.

A très bientôt au bord de l’eau… ou sur l’eau..!

PS : j’ai confié ce message à ma fille ainée, qui s’est chargée de le taper sous ma dictée. Voici pour l’agrémenter une jolie photo envoyée par un des très nombreux amis qui m’écrivent au au jour le jour….

crocus

temps de récupération

Maman est en phase de récupération à l’hôpital. Elle voudrait bien vous écrire mais elle attend d’avoir la pêche pour écrire avec humour.
En attendant, elle se cramponne et elle mentalise sur les muscles de ses jambes qui se sont mis en grève intempestive.

Pour favoriser sa récupération, les visites sont interrompues provisoirement, et on lui a piqué son téléphone qui sonnait pendant ses petites siestes, elle était d’accord.

Mais il reste les emails ! qui lui font toujours autant plaisir, alors à vos plumes et vos photos, et de la vie, de l’humour, de la tendresse (bordel) !

Merci à vous tous d’être là, à ses côtés, avec nous, merci, merci, on vous adore !

Sylvie, Isabelle, Martine

ps > nous n’avons pas encore rappelé toutes celles, tous ceux, qui ont laissé des messages, mille excuses.